• Le train des soupirs - 2

    Sommaire

    La rencontre

     

    (Dominique)

     

    Le mois dernier, mon patron m’a convoqué. J’aurais dû me douter que quelque chose clochait. Mes collègues m’évitent. Je reste seul à déjeuner à la cantine de l’entreprise. Mon chef de service ne me donne plus de dossiers à traiter. Je me rends donc à cette convocation où, tel un tribunal, je vois derrière le bureau mon patron, mon chef de service, et la directrice du personnel qui me disent :

    • Dominique, vous n’êtes pas sans savoir que depuis quelque temps nous traversons une crise sans précédent. Malheureusement, nous sommes dans l’obligation de devoir nous passer de vos services…

    Tout s’écroule autour de moi, mes projets de vacances, un changement de véhicule, avoir une vie stable me permettant enfin de rencontrer l’amour. Que vais-je devenir ? Ah ces satanées convocations du vendredi après-midi, maudites soient-elles !

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    Depuis ce moment, plus rien ne fonctionne : les factures s’accumulent, plus de possibilité d’aller entre amis boire un coup. Et ce maudit mois de février où les jours sont courts, et cette neige, cette neige…

    Ma sœur me propose de passer quelques jours chez elle à Amiens. Il y a longtemps que je n’ai pas vu mes neveux. J’ai besoin de changer d’air. Je prépare mon sac, l’esprit ailleurs, m'interrogeant sur ce que j'allais bien pouvoir envisager!

    Je monte dans le train. Je suis placé à côté d’une dame avec trois enfants. Ils ne pensent qu’à manger des gâteaux et jouer. Qu’ils sont bruyants ! Vivement que nous arrivions !

    Dehors il fait déjà noir. Mes pensées de la même couleur commencent à monter en moi.

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    Soudain le train s’arrête. Les petits monstres en revanche eux n’en ont pas l’intention. On ne peut rien voir à l’extérieur. Le conducteur du train passe un message par son speaker : « En raison d’une forte chute de neige, nous sommes contraints d’arrêter le train à cause d’une rupture de la caténaire…

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    Nous sommes bloqués momentanément, et allons faire tout notre possible afin de réparer le plus rapidement possible. Merci pour votre compréhension. »Je ne vais pas tenir assis. Je décide de me diriger vers le wagon bar pour prendre un café et commence à traverser les wagons. Tout le monde est un peu tendu, énervé voire agité. C’est à ce moment que j’aperçois au fond du wagon une femme qui, elle, est immobile presque prostrée tout contre la vitre.

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    Je ne vois que ses cheveux recouvrant ses mains qui soutiennent sa tête, les deux coudes sur la tablette. Plus j’avance dans le wagon, plus mon regard est attiré par sa silhouette. Dans toute cette agitation, elle semble trop calme pour aller bien. La place à côté d’elle est vide. Que se passerait-il, si elle avait eu droit, comme moi, à de jeunes voisins insupportables ? Arrivant à sa hauteur, une agréable senteur chatouille mes narines. Au plus profond de moi, je pense : « Quelle douceur, quel envoûtement. Curieux qu’elle ne bouge pas ! ». Je continue bien qu’intrigué.

    Au wagon bar, je commande deux cafés et retourne sur mes pas : « Pourvu que le siège à côté d’elle soit vide ! »

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    Par chance, la place m’attend :

    • Madame ! Puis je m’asseoir à côté de vous. À ma place, les enfants sont insupportables. Le temps de cet arrêt, j’aimerais pouvoir me détendre. Je vous promets de ne pas vous importuner !

    Elle ne bouge pas, la tête toujours enfouie dans ses mains. J’attends sa réponse qui ne vient pas. J’insiste :

    • Madame ! Je me suis permis de vous prendre un café ! Si vous le voulez!

    De m’adresser avec amabilité, cela la fait sortir de sa torpeur, comme si elle sortait d’un coma. Elle relève sa tête, se tourne vers moi pour me regarder. Ses yeux sont rouges. Elle a dû pleurer. Sa beauté me laisse bouche bée. Elle me regarde de bas en haut, interrogative. Lui tendant le café je lui souris. Cela a pour effet d’éclairer son visage qui me sourit. Je suis comme paralysé et lui lance :

    • Vous êtes Amiénoise ?

     

    À suivre : Partie III de XII

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