• Le jeu de la tentation - 1

     Un pari pour les sens

    Sommaire

    Errance

     

    (Mélissa)

    C’est notre anniversaire de rencontre: cinq ans, avec mon homme. Nous avons décidé de dîner dans un grand restaurant de renom pour fêter ce jour mémorable.

    Pour l’occasion, je me suis vêtue d’une robe noire boutonnée sur le devant, assez courte pour arriver à mi-cuisses, sans trop dévoiler non plus trop de choses, avec, en dessous, ma plus belle lingerie noire et rouge, mes bas et des escarpins tellement vertigineux que je n’ose jamais les mettre dans la vie courante. Mes cheveux bruns sont relâchés sur mes épaules. J’ai opté pour un maquillage discret. J’aime vouloir être désirable sans tomber dans d’outrageuses provocations. 

    Le jeu de la tentation - 1

    Je partais avec la ferme intention de rendre cette soirée inoubliable et espérais que la nuit serait à la hauteur de ce que nous vivions. Je prends donc les clés, et, en sa compagnie nous nous dirigeons vers notre voiture garée dans la rue.

    De l’autre côté du trottoir, à contresens, une autre voiture est stationnée, veilleuses allumées. Au volant, une femme semble en larme. Mon mari toujours en bon samaritain, la voyant, me dit :

    • Ne bouge pas, je vais aller voir ce qui se passe…

    Je le vois ouvrir la portière… Et là, la femme se jette dans ses bras comme pour se faire consoler mais leurs bouches se collent pour s’embrasser à en perdre haleine.

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    Je ne rêve pas. Je suis comme dans un film qui se déroulerait au ralenti… J’en suis tout abasourdie. J’en lâche ma pochette, et, atterrée, j’assiste, là, impuissante, désappointée. Comme un automate, anéantie, vidée, je me dirige vers ma voiture. Je monte comme entourée d’un épais nuage de brume, je la mets en route, démarre tout cela dans un état second. Je ne suis plus moi-même. Je me rappelle seulement que les kilomètres défilent et que je ne pense plus à rien. Je me mets finalement en danger ainsi que les autres, plutôt inapte à conduire dans un tel état, sur cette route mais il me faut fuir…

    Soudain, je me retrouve face à un talus, je freine brutalement, je suis dans un cul-de-sac… J’ai dû machinalement sortir de la route principale sans m’en rendre compte. Où puis-je bien être ? Perdue ?

    Je pose mes mains sur le volant, y appuyant ma tête.

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    Je reste immobile. Dire combien de temps, je ne le sais plus. Après ce moment interminable, je relève enfin la tête, regarde autour de moi. Je descends pour repérer un peu plus les lieux : le chemin mène en fait à une auberge au bord d’une rivière, située sur un terrain arboré où je devine de splendides massifs de fleurs.

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    Je ne vois pas du tout où je peux bien me trouver. Petit à petit, je me ressaisis. Je comprends que ma vie est devenue, en l’espace de quelques heures, un vaste champ dévasté. Cette trahison me fait mal, moi qui ai toujours été la petite amie modèle, sans écart, dans le respect des règles… En même temps qu’un certain désespoir m’envahit, une envie de vengeance se distille en moi. Peu à peu mon esprit reprend le dessus. Je me raisonnes. Il me faut abandonner toute colère, reprendre ma vie en main, lui montrer que je serais assez grande pour me passer de lui. Je décide d’entrer dans cette auberge avec la ferme intention de faire face à un autre destin. Ce chemin ne serait-il pas porteur d’un tel message ?

    Je marche d’un pas de plus en plus décidé. Sans hésiter, j’entre. J’ai même faim et j’espère qu’il y aura au moins une chambre libre.

    Je m’informe à la réception sans trop regarder à l’intérieur. Mince, décidément ce n’est pas mon jour de chance : tout est complet… Je demande quand même :

    • Est-ce que je peux à cette heure-ci encore me restaurer ensuite j’aviserai.

    Je me souviens brusquement que je n’ai aucun papier, ni carte, ni rien de mon identité. Heureusement que j’ai toujours un chéquier dans la boîte à gants.

    Une serveuse dans un habit classique me donne une bonne idée de cette auberge. Rien qu’en voyant le personnel autour de moi, je dois être dans un endroit renommé. Elle me conduit entre les tables bien occupées,

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    …vers une qui se retrouve un peu à l'écart dans un recoin de la salle. Je sens que je vais adorer cette place : tout voir sans presque être vue ! Je m’assois et consulte les diverses cartes mises à ma disposition. Relevant les yeux, j’observe rapidement les tables autour de moi. Je commande un repas, me disant que l’appétit vient toujours en mangeant.

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    Au fur et à mesure, entre les plats, je vois beaucoup de couples discuter et quelques familles. Puis, étant plus attentionnée, dans un autre recoin comme le mien, j'aperçois légèrement sur ma gauche un homme seul. Je ne sais pas pourquoi mais plus le temps passe, plus je me prends à le fixer, allant même à le dévisager. Est-ce mon idée de vengeance qui me pousse à devenir prédatrice ? Le fait est que je me prends à ce petit jeu, et que ce qui doit arriver arrive : nos regards se croisent. Je dois rougir l’espace d’un instant mais que le sien est intrigant, attirant. Il se met à me sourire et lève son verre comme s’il voulait trinquer à ma santé.

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    Sans réfléchir, comme un réflexe, je fais de même, me disant au fond de moi : « Qu’il est séduisant ! »

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    Je l'observe de plus en plus me regarder, me sentant même comme épiée. Il semble avoir fini son repas. Je me mets à penser qu’il attend peut-être que je finisse aussi. Je m’apprête à me lever quand, sortant de je-ne-sais-où, il est là, à ma table :

    • Si nous prenions un café au petit salon ? Qu’en pensez-vous ?

    Un peu confuse, presque en balbutiant :

    • Si vous y tenez, je ne vais pas vous dire non !

    Nous nous dirigeons vers le boudoir. Il me laisse passer devant et je sens son regard qui me déshabille très certainement. Il commande en passant devant le bar nos cafés. Nous nous installons face à face.

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    Nous discutons de tout et de rien. Nous faisons connaissance. Je vois qu’il ne me quitte pas des yeux. Il me dit s’appeler Édouard.

    Je ne sais pourquoi mais : « Est-ce plus fort que moi ? », me voilà à lui raconter ma mésaventure. Le temps est comme suspendu. Il m’écoute poliment tout en rapprochant sa main de la mienne. Nos doigts s’effleurent.

    Puis, là, brusquement, je ne sais plus où me mettre. Je dois être rouge comme une pivoine. L’impensable pour moi : comment puis-je en arriver à cela ? Je sens comme une vague me submerger, je me sens aspirer vers lui. Dans un magnifique sourire coquin, comme triomphant, il me surprend d’une voix sûre, presque péremptoire :

    • Je sais qu’il n’y a plus de chambre ce soir. Il se fait tard. Vous semblez ne pas savoir où vous êtes. Il serait plus profitable que je vous offre de partager ma chambre. Il n’y a qu’un grand lit double mais j’y poserai une condition.

    Son aplomb me trouble, me méduse, m’hypnotise, m’envoûte… Je ne sais que lui répondre :

    • Vous savez aujourd’hui, devant un tel désarroi, je me dis qu’il est peut-être agréable de me laisser bercer par votre proposition. Et qu’elle est donc cette condition ? Vous m’intriguez !

     

    • Je vous propose un jeu, jeu qui vous emportera ailleurs, qui vous fera oublier, qui vous plongera dans vos propres désirs, vos envies les plus folles… 

     

    • Qui vous dit que je veux vivre cela.

     

    • Ce soir il ne vous reste que ce choix je vous le rappelle. Mon lit et ma présence seront plus agréables que la banquette de votre véhicule, non ?

     

    • Vous m’intriguez toujours plus mais ne me dites toujours rien sur ce jeu…

     

    • J’y arrive, j’y arrive mais je voulais vous voir prête à m’écouter et espérer que vous entendrez… Je vous propose un pari qui repose sur la tentation !

     

    • Oh, je vous vois venir !

     

    • Possible ! Qui de nous deux peut amener l’autre à le supplier d’en finir ? Qui de nous deux peut amener l’autre aux limites du plaisir… ?

    Joignant le geste à ses mots, il sort de sa poche une pièce, la lance en l’air, elle virevolte

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    …et retombe sur le dessus de sa main que son autre recouvre :

    • Face, je commence, pile ce sera vous…

    Je le vois esquisser un sourire gourmand. Je retiens mon souffle. Je suis comme une gamine devant son jouet :

    • Allez, ne me faites pas plus languir montrez-moi ?

    C’est alors qu’il soulève sa main et avec un ton triomphant :

    • Face ! Ah bien je commencerai donc…

    Éclatant de rire je lui glisse :

    • Oui mais vous trichez ! Vous devez faire souvent ce coup ! Votre pièce à deux faces identiques !

     

    • Non pas du tout, vérifiez par vous-même…

     Je suis entrée dans une spirale qui m’absorbe de plus en plus. Je suis comme soulagée de ne pas avoir à commencer mais à subir, à me laisser guider même si je ne sais pas trop où cela me conduit, je sais que je veux vivre cette folie.

    Cette traîtrise, cinq ans avec ce traître, et je vois en l’espace de quelques secondes des tas d’images qui défilent : de la routine de l’acte sexuel, la même position, me qualifiant de salope quand je prenais quelques initiatives ou quelques nouvelles idées. Mais, là, cette nuit, je ne me sens pas assez courageuse devant cet homme, cet inconnu, pour oser commencer.

    C’est alors qu’il plonge sa main dans la poche de son veston, pose la clé de sa chambre 8 sur le guéridon près de ma tasse à café. Puis de l’autre poche de son veston, il sort un petit bandeau noir de dentelle raffinée qu’il dépose sur ma main et tout en se levant :

    • Tenez cette clé et ce petit bandeau… Ne refermez pas complètement la porte. Je vous rejoins dans une dizaine de minutes.

    Je ne sais pourquoi mais je suis attirée, et, sans hésitation, je m’empare de ses deux objets. Je me lève à mon tour. Il se penche tel un éclair et me vole un baiser auquel je réponds sans réfléchir.

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    Je suis tout en émoi mais tout aussi fébrile à l’idée de cette situation que je vais découvrir et vivre.

    Les sensations déjà dans ma tête se bousculent : la trahison, la vengeance, l’envie, le désir de nouveauté, exorciser cette douleur au cœur. Je m’éloigne vers l’escalier qu’il m’indique, vers cette chambre, vers cet(te) inconnu(e). Je sens le regard d’Édouard qui doit me suivre dans les premières marches de cet escalier, son regard qui me déshabille déjà.

    J’ouvre la porte de la chambre, il s’agit d’une mini-suite. Je fais un tour rapide : la salle de bains est grande avec un jacuzzi, un lit immense, une table de travail avec quatre chaises et un canapé Stressless dossier bas. C’est la première fois que je me retrouve dans un tel luxe.

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    Que dois-je faire, m’allonger sur le lit, me mettre nue dans le jacuzzi ou simplement m’asseoir dans le canapé. Comment gagner ce pari que nous nous sommes lancés ?

    Finalement, je me dis que j’aurais déjà beaucoup d’atouts de mon côté, en restant habillée. Je ne veux pas non plus lui montrer qu’à l’idée de ce pari je suis déjà très excitée et surtout une femme facile.

    Je brûle pourtant de l’envie de me mettre nue sur le lit, juste la parure énigmatique de ce bandeau noir.

    Je finis par choisir de mettre quand même ce bandeau tout en restant habillée mais de m’asseoir pour l’attendre dans le Stressless, jambes serrées et dos droit.

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    À suivre : Partie II de X

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 6 Novembre 2015 à 03:28
    Coucou Méli,

    Que tu sais nous présenter ta Nouvelle.

    J'ai vraiment hâte de te suivre sur ce nouveau chemin.

    Que tu as dû être aussi "torturée" dans des parties de ta vie pour nous décrire des débuts si tristes mais si réalistes.

    Je vois que tu sais merveilleusement rebondir pour notre plus grand Bonheur.

    Tu es divine et je te fais tous mes bisous.

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