• L'entreprise de 300 employé(e)s - 3

     Sommaire

     

     L'ENTRETIEN

     

     (Patrick)

     

    J’avais dû perdre un peu le rythme du travail en entreprise. À peine assis, je me trouvais assailli de questions. Je n’avais pas eu le temps de bien regarder cette directrice, tout juste voir qu’elle dégageait une grande assurance et un côté sans doute bien autoritaire.

     

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    J’avais toujours besoin de prendre un peu la mesure de mon interlocuteur avant de me sentir à l’aise et là je devais entrer directement dans le vif du sujet. Sans doute une fierté mal placée, mais je n’aimais pas vraiment subir les questions et surtout les questions personnelles. Même si je m’étais préparé à cela, sa façon de dire mon nom, prénom, mon âge et mes études, je me sentais rabaissé.

     Je repris ma respiration afin de donner de la fluidité à mes réponses.

    • En fait j’ai dû quitter l’entreprise suite à un licenciement économique, toute la partie administration informatique ayant été externalisée. Après mon licenciement, Pôle Emploi m’a un peu contraint à suivre une formation d’un an en gestion informatique pour élargir la palette de mes compétences.

    Tout en formulant ma réponse, je me disais intérieurement que cette femme était vraiment séduisante et que son chignon défait et ses lunettes enlevées elle devait être vraiment très jolie.

     

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    Une nouvelle respiration et je repris le fil de mes réponses.

    • Ensuite, je me suis mis en recherche, mais ce fut très laborieux, sans doute mon âge. Je vous avoue que j’ai été très heureux de recevoir de votre part une réponse positive pour un entretien.

    Son regard était perçant, j’avais le sentiment qu’elle mettait à nu mon caractère et ma personnalité. À mesure que je croisais son regard ou que je m’attardais à l’étudier, je sentais un sentiment de malaise monter en moi. À tel point que je faillis oublier de répondre à sa dernière question. Seul le blanc de l’échange me rappela à l’ordre. Et là je fis ma première erreur : je m’excusais.

    • Mes motivations, pardon, excusez-moi…

     

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    Un petit sentiment de panique me prenait.

    • Comme je l’ai écrit, je suis quelqu’un qui ne compte pas ses heures et aussi quelqu’un de disponible.

    J’aurais bien aimé qu’elle reprenne la conversation, mais elle restait silencieuse.

    • Vous savez Madame, je reconnais bien maintenant la difficulté de retrouver un emploi malgré toutes mes qualifications et mon âge, alors je vous assure que je suis motivé pour ce travail dans votre entreprise.

    Je me sentais de plus en plus mal à l’aise et ma dernière phrase me semblait très gauche, d’une grande banalité. Son silence persistant montrait qu’elle considérait ma réponse comme incomplète. J’avais de plus en plus de mal à trouver mes mots.

    • Je suis quelqu’un qui prend son travail à cœur, et comme vous le demandez dans l’annonce je ne rechignerais pas si le travail que je dois faire dépasse le cadre de mes fonctions.

    Je trouvais cet exercice, devoir énoncer ses motivations, très désagréables, je me sentais de plus en plus rabaissé.

    Je mis fin à ma souffrance par une expression toute faite:

    • Voilà Madame pour mes motivations.

     

    (Mme GRANDIN)

     

    Je me rendais compte, au rythme de sa respiration, que ma batterie de questions l’avait mis mal à l’aise. Je sentais son embarras. Il se sentait un peu rabaissé par son âge, et je le sentais prêt à beaucoup de choses pour avoir ce poste.

     

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    Je me demandais ce qu’il était prêt à accepter pour avoir ce poste. Serait-il prêt à vraiment tout faire ? D’ailleurs, il finissait sa réponse en me disant qu’il était bien prêt à faire même du travail qui dépasserait le cadre de ces fonctions. Humm intéressant !

    Plus je le voyais, plus j’avais envie de l’avoir dans mon équipe. Ill semblait prêt à tout pour me plaire. Mais serait-il prêt aussi pour les idées qui me traversaient l’esprit pendant que je le regardais.

     

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    Je lui rappelais quand même son âge et je lui disais que parfois il aurait à travailler hors des horaires d’ouverture pendant que les employés sont absents, que parfois nous serions obligés de faire de nombreux déplacements. Je me demandais encore s’il était vraiment prêt à tout pour ce poste.

    • Vous savez j’ai reçu une cinquantaine de candidats la plupart des jeunes, et tous ont essayé de me séduire. Je me demande si vous êtes dans les mêmes dispositions pour me plaire tant au niveau du travail qu’au niveau de la relation privée. Seriez-vous prêt à céder à toutes mes exigences même les plus étranges ?

     

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    Je lui montrais le paquet de CV :

    • Vous voyez tous ces jeunes hommes sont prêts à prendre le poste, et mettraient sans doute beaucoup d’ardeur à la tache mais je ne suis pas sûre qu’ils aient toute l’expérience nécessaire pour me combler..Sur beaucoup de point.

     Je décidais de le tester. Avant de prendre ma décision, j’avais besoin d’être sûre de son implication :

    • Et si je vous demande maintenant de retirer votre chemise ?

     

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    (Patrick)

     

    J’essayais de profiter de ses explications pour mieux la regarder. Il n’y avait pas de doute, c’était une femme de pouvoir, et ce pouvoir devait aller bien au-delà de son poste de directrice. Son côté strict et son assurance lui donnaient une assurance très prononcée.

    Elle avait vraiment le chic pour prendre l’ascendant. À chacune de ses phrases, je me sentais lentement rabaissé. J’essayais de lutter intérieurement contre cela, mais elle avait une façon de me rappeler mon âge, de me regarder, de me faire un peu la leçon que j’avais l’impression de devenir de plus en plus petit dans mon siège.

    Je ne savais pas pourquoi, mais lorsqu’elle me parla des déplacements que nous aurions à faire ensemble, au lieu de me dire que cela serait très plaisant d’avoir des tête-à-tête avec cette femme, je me voyais derrière elle lui portant sa valise.

     

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    En plus de se sentir diminué, elle savait très bien mettre mal à l’aise. Sa phrase « Si vous étiez dans les mêmes dispositions pour me plaire aussi bien au niveau du travail qu’au niveau de la relation privée » me déstabilisa d’un coup. Sa question de céder à toutes ses exigences me laissa sans voix. La voir attendre une réponse de ma part, un début de panique s’emparait de moi. Je me sentais devenir moite. Son regard me fixant outrageusement devenait insoutenable et je dus baisser les yeux quelques instants:

    • Oui, oui Madame, je, je le pense, oui oui Madame…

      À peine ces mots prononcés, je sentais le ridicule de mes propos. Au lieu de lui demander des précisions, j’avais acquiescé en perdant toute mon assurance.

    Sa dernière question faillit me faire tomber de ma chaise : enlever ma chemise ! Je ne comprenais pas ce qui était en train de m’arriver. En une fraction de seconde tout se brouillait dans ma tête. Son regard, cette façon qu’elle avait de me dévisager des pieds à la tête puis de la tête aux pieds était insoutenable. Je sentais mon cœur battre de plus en plus fort, des bouffées de chaleur devaient même commencer à me faire rougir. J’essayais de me reprendre, mais mes pensées devenaient confuses. Le silence devenait insoutenable.

    • Eh bien, eh bien ?

     

    •  Eh bien, eh bien je pense que je le ferais…

     

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     Je sentais mes bras se mettre à trembler. Elle ne laissait rien transparaître et continuait à me déshabiller du regard…

     

     À suivre : Partie IV de XIX

     

     

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