• L'entreprise de 300 employé(e)s - 2

    Sommaire

     

    L'ATTENTE

     (Patrick)

     

    Cela devait bien faire au moins la cinquantième lettre par rapport aux annonces depuis le début de l’année et c’était la première positive avec un vrai rendez-vous.

    Pour une fois, je bénissais le facteur de ce samedi matin pour l’apport de cette si bonne nouvelle. La date du R.-V. était bien éloignée, un mois pratiquement à angoisser, n'être pas trop bien devant cette longue attente, afin de savoir à quelle sauce j’allais être mangé…

    À mesure que le jour fatidique arrivait, je stressais bien malgré moi, me disant : « Allons ce n’est pas si terrible, tu en as vu d’autre… » Mais que voulez-vous le naturel revient au galop, cela faisait très longtemps que je n’avais plus fait d’entretien d’embauche et une multitude de questions s’entrechoquaient dans ma tête. Sans doute aussi que les temps avaient bien changé ! Nous étions bien loin du plein-emploi et tous ces décideurs avaient le beau rôle. Bon, je me devais de rester positif et confiant. Je dominais très bien mon travail m’étant toujours remis en question dans cet univers qui va de plus en plus vite au niveau des techniques.

    Ma nuit de mardi à mercredi fut très agitée. Je me suis même relevé pour vérifier si j’avais bien précisé ma date de naissance sur le C.V.. L’angoisse de me retrouver face à une femme directrice s’attendant à recevoir, peut-être, un plus jeune, qu’elle verrait plus dynamique, plus malléable…

    Dès mon réveil, voilà que je m’inquiétais de ma tenue vestimentaire.

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    Après avoir passé et repassé en détail mes différentes tenues, je faisais le choix d’une chemise blanche avec des rayures grises, d’une cravate grise assortie, de mon pantalon noir acheté pour cette éventuelle circonstance ainsi qu’une paire de chaussures noires à lacets. Je me trouvais assez correct et c’était bien l’essentiel.

    En plus, il fallait que j’attende 17 heures ! Mince cela n’aurait pas pu être tôt le matin. La journée fut interminable.

    Je décidais de partir bien avant pour surtout ne pas être en retard. C'était avec une bonne demi-heure d’avance que j’arrivais face à l’immeuble de l’entreprise.

    Je faisais deux fois le tour du pâté de maison en regardant ma montre toutes les cinq minutes.

    À 16 h 55 je franchissais la porte de l’immeuble et me présentais à l’accueil. Une secrétaire me regardait avec un sourire :

    • Bonjour, je suis M. ÉLAN, j’ai rendez-vous avec Mme GRANDIN

    • Vous aviez R.-V. à 17 heures ?

    • Oui c’est cela.

    • Veuillez vous asseoir sur cette banquette en attendant que je vous conduise à son bureau. Je vous annonce.

    Elle prenait son téléphone :

    • Mme GRANDIN, M. ÉLAN est arrivé…

    Je n’entendais pas la réponse mais la secrétaire se levait :

    • Veuillez me suivre, Mme GRANDIN vous attend. Son bureau est au troisième, porte 301. Je vous y conduis.

    Elle me précédait, c’était suffisant pour apprécier ces belles jambes, ce qui me déstressait un peu.

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    Passant devant une porte faisant miroir je me regardais vite fait, remettais d’aplomb ma cravate...

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    ... et arrangeais rapidement mes cheveux.

    Une fois devant la porte 301, je reprenais à plusieurs reprises ma respiration afin de tenter d’éliminer ce tract qui détruisait mon habituelle assurance.

    La secrétaire frappait et je me disais au même instant : « N’oublie pas, montre ta motivation et tes compétences ». J'entrais dans un somptueux bureau qui devait résumer la personnalité de Mme GRANDIN.

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     (Mme GRANDIN) 

    La semaine dernière a été éprouvante et assez longue ; recevoir tous ces candidats, ces jeunes cadres dynamiques qui étaient plus à vouloir me montrer qu’ils étaient les meilleurs, soi-disant prêts à tout mais je lisais bien dans leurs yeux que leur motivation se retrouvait surtout dans le salaire. Ils étaient tous prés formatés. Ils se ressemblaient tous, insipides, sans intérêt. Ils pensaient qu’avec un sourire, je devais tomber sous leur charme et les choisir pour le poste. Mais ils leur manquaient à tous ce quelque chose, ce petit rien qui allait me faire dire : « Oui ! Voilà, c’est ce candidat qu’il faut !

    Réputée pour être très exigeante dans le choix de mes collaborateurs, je n’en suis pas moins exigeante avec moi-même. Je suis souvent vêtue de façon stricte, tailleur jupe, chemisier souvent échancré, bas et talons, mes longs cheveux bruns relevés en un chignon sur la nuque, mes lunettes donnant un air plus sévère à mon regard gris vert. Je n’ai pas l’habitude de perdre du temps en maquillage, juste des pommades revitalisantes.

    Après ce week-end de travail où j’ai encore dû compulser les C.V. des postulants, il m’en restait une dizaine à voir ce lundi. J’en avais déjà reçu cinquante la semaine dernière.

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    Enfin mercredi 16 h 40, je me disais que la journée touchait à sa fin. Il ne me restait plus qu’une personne à recevoir. Je passais dans le cabinet de toilette jouxtant mon bureau, me passais de l’eau sur le visage, ne perdant pas mon temps avec du maquillage, le naturel m'allant si bien aux dires de mon entourage. Je réajustais mon chignon et ma tenue.

    Je retournais me rasseoir à mon bureau lorsqu’on frappait à ma porte :

    • Entrez !

    Tiens il est 16 h 58 au moins il est à l’heure celui-ci.

    • Bonjour M. ÉLAN, veuillez vous asseoir !

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    Je le regardais entrer et prendre place dans le siège en face moi. Il était bel homme : un regard velouté couleur chocolat, cheveux bruns, d’allure sportive, ce qui ne gâchait rien. Toutefois, je ressentais chez lui une certaine gêne.

    Je prenais son C.V., retirais mes lunettes pour faire mine de l’étudier avec précaution comme si je le découvrais pour la première fois :

    • M. ÉLAN Patrick, vous avez 46 ans, un bac S, ingénieur… Mais je vois que vous n’avez travaillé que dans une entreprise ! Au moins on ne peut pas dire que vous êtes infidèle. Je vois que vous avez inscrit « administrateur réseau jusqu'en 2010 », or nous sommes en 2012 ! Pourriez-vous me dire ce que vous avez fait entre-temps ? Pourquoi avez-vous quitté cette entreprise ? Pouvez-vous développer un peu plus vos motivations. Je vous écoute !

     

    À suivre : Partie III de XIX

     

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 21 Janvier 2015 à 09:39
    Tu devrais publier un recueil de nouvelles érotiques, tu aurais du succès j'en suis sur, tu écris tellement bien!
    Bisous
    Chris
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